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« L’enfant se construit dans le dialogue avec ses parents » Par Pascale Senk

mardi 3 avril 2012

INTERVIEW du 25/03/2012 - Claude Halmos, psychanalyste formée par Françoise Dolto, spécialiste de l’enfance, vient de publier « Dis-moi pourquoi. Parler à hauteur d’enfant » (Éd. Fayard).

Comparé au dialogue avec les professionnels, qu'est-ce qui est vraiment spécifique au dialogue parents-enfant ?

*Claude HALMOS. -* Le dialogue avec les professionnels (médecins, « psys »… )
est très important pour l’enfant car il crédite ceux-ci d’un savoir et d’un
pouvoir et a donc souvent l’impression qu’à travers eux c’est la société
tout entière qui le juge. Mais leur influence dépend toujours de l’image de
lui-même qu’a l’enfant. Image qui se construit dans le dialogue avec ses
parents. Quand un parent écoute son enfant, répond à ses questions, il lui
signifie qu’il est un interlocuteur valable, digne de confiance et
d’intérêt. Et il l’assure que son désir de savoir, loin d’être coupable,
est légitime et positif puisqu’il lui permet de développer son
intelligence. En lui parlant, le parent apprend à son enfant qui il est, ce
qu’est le monde et lui donne la boussole qui lui permettra, toute sa vie,
d’y circuler sans crainte.

De quoi un parent doit-il être conscient lorsqu'il parle à son enfant ?

Le parent doit garder en tête que, lorsqu’il parle à son enfant, il lui
donne par là même le droit de s’exprimer. Dès lors, si ce dernier n’a pas
compris ce qui lui était dit, peu importe, car il pourra interroger à
nouveau. Mais il est important, avant de répondre à un enfant, de
l’interroger pour savoir ce qu’il croit être la bonne réponse, ce qu’il
imagine. Cela permet de partir du point où il en est pour le faire
progresser dans la connaissance ou, au contraire, le détromper.

Qu'est-ce qui le plus souvent parasite le dialogue parent-enfant ?

Parler à son enfant a toujours été difficile pour les parents car ils
craignent de le perturber en ne trouvant pas les bons mots, en en disant
trop ou pas assez, etc. Mais ils se sentent, me semble-t-il, plus démunis
encore aujourd’hui. Parce que le statut de l’enfant a changé mais surtout à
cause de l’inflation de « conseils psys » qui envahissent les médias. Et qui
tendent à leur faire croire qu’il y aurait, pour chaque problème, pour
chaque âge, une « bonne façon de dire ». C’est un leurre. Chaque parent doit
parler à son enfant comme il le sent, comme il le peut, avec les mots qu’il
trouve et sans craindre les émotions qui surgissent. L’enfant n’a que faire
du « bien parler » car il entend toujours, au-delà des mots, l’amour et
l’attention dont ils sont porteurs.

Et qu'est-ce qui peut aider le parent ?

Je crois que ce qui permet au parent de se sentir une légitimité, c’est de
se souvenir de l’enfant qu’il a été, des questions que cet enfant se posait
et de la souffrance éprouvée quand elles restaient sans réponse. C’est
cette conviction de la nécessité de la parole qui peut permettre au parent
de dépasser ses craintes et de parler.

Peut-on tout dire à un enfant ?

Il ne s’agit en aucun cas de tout dire à un enfant car il doit, dans le
dialogue, rester à sa place d’enfant. On doit donc lui dire ce qui le
concerne : sa filiation, ce qui va l’affecter (la maladie ou la mort de ses
proches) ou modifier sa vie (divorce, déménagement, nouvelle naissance…),
mais uniquement cela. Dans un divorce, par exemple, on doit lui expliquer
la séparation du couple, le fait que ses parents, même séparés,
continueront à se charger ensemble de son éducation. Mais il n’a rien à
savoir des dissensions du couple. Cela ne le regarde pas et il faut le lui
expliquer clairement.


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